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L’EPODE et le leadership politique

L’interview de Dr Gérard Bapt, membre de l’Assemblée Nationale française et Maire de St Jean, ville pilote EPODE depuis 2004, révèle le rôle principal des représentants politiques dans le dispositif EPODE.

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Le Dr. Gérard Bapt est un homme politique français connu, docteur en cardiologie. Élu député en 2002, et réélu en 2007, il est maire de Saint Jean, dans la région Midi Pyrénées, l’une des dix villes pilote EPODE en France.
Newsletter de l’EEN : Pour quelle raison et de quelle manière vous êtes-vous engagé dans le programme EPODE en 2004 ?
Dr. Bapt : L’obésité est devenue un problème de santé publique majeur, y compris en France. Pendant des années, la France a considéré qu’elle n’était pas concernée par ce fléau, et que l’obésité était réservée aux pays Anglo-Saxons. Malheureusement, les statistiques ont commencé à prouver le contraire, et l’on s’est aperçu que l’obésité augmentait progressivement dans notre pays également. Selon l’INSEE, la prévalence de l’obésité était de 5,5% en 1992, de 10% en 2003, et aura atteint 15% d’ici 2009. Cette tendance date du début des années 90, car la prévalence de l’obésité n’a quasiment pas évolué entre 1981 et 1992.
Il est important de noter que l’augmentation de la moyenne cache de nombreuses disparités essentielles. On constate par exemple que la prévalence de l’obésité varie selon des critères géographiques, avec un taux de 14% dans le Nord, contre « seulement » 8% en Ile de France (Paris et alentours). L’obésité varie également en fonction de la catégorie socioprofessionnelle, avec un taux de prévalence de 16% chez les paysans, de 12% chez les ouvriers, et de seulement 6% chez les cadres (INSEE, 2003).
Cependant, ces données statistiques ne sont valables que pour la population globale, et ne fournissent aucune indication quant à la situation des enfants, qui est devenue très préoccupante. Selon une étude menée en 1999 sur une période de trois ans par un réseau de médecins et d’infirmières, en collaboration avec le Ministère du Travail et de la Solidarité et le Ministère de l'Éducation, 14% des enfants de six ans étaient en surpoids, et 4% d’entre eux étaient obèses.
Ces différentes données ont démontré que l’obésité, et plus particulièrement l’obésité infantile, était un enjeu de taille pour les autorités sanitaires - c’est pourquoi nous avons décidé de prendre des mesures à Saint Jean.
Newsletter de l’EEN : Pouvez-vous nous parler du projet EPODE à Saint Jean ?
Dr. Bapt : Saint Jean est l’une des villes pilote du projet EPODE. Nous avons rejoint le programme EPODE en 2004, tout comme neuf autres villes françaises, afin de lutter contre l’obésité infantile (« Ensemble, prévenons l’obésité infantile »).
Les diététiciens participent activement à la mise en œuvre de l’EPODE dans notre ville et sont, entre autres, associés à l’élaboration des nouveaux menus proposés dans les cantines des écoles. En plus de ces nouveaux menus, nous avons également pris des initiatives afin d’encourager les familles à participer, par exemple, à une « Journée sportive en famille » qui a lieu 4 fois/an, et organisé des ateliers cuisine dans les écoles et les garderies. Au-delà de cela, les commerces et les entreprises de notre ville organisent également des activités sur le marché, afin de sensibiliser le public à la nécessité de consommer des produits de saison, etc. Nous organisons également des conférences et des débats en présence de médecins et de pharmaciens, afin de promouvoir l’équilibre alimentaire et la prévention des maladies au sens large.
Le programme EPODE est un outil multi-facettes qui permet aux municipalités d’intervenir sur un problème de santé publique majeur en touchant et en communiquant avec chaque maillon de la chaîne (parents, enfants, enseignants, chefs d’entreprise, professionnels de la santé), et en permettant de mettre en œuvre des initiatives innovantes qui facilitent l’engagement personnel pour le bien commun.
A Saint Jean, la prévalence de l’obésité chez les enfants est passée de 19,15% à 6,42% en cinq ans. Cette diminution d’environ 67% illustre l’efficacité des initiatives prises dans le cadre de l’EPODE.

Newsletter de l’EEN : Quelle est l’importance de votre rôle pour faire de l’EPODE une réalité ?
Dr. Bapt : Les représentants élus, et plus particulièrement le maire, sont responsables du bon déroulement des programmes tels que l’EPODE afin de créer une synergie entre les initiatives existantes. Néanmoins, l’engagement des parties prenantes ne se limite pas aux services municipaux, mais s’étend également au secteur privé, et, bien entendu, au grand public lui-même. Le politique représente le lien essentiel entre les différents acteurs et est garant du bon déroulement des opérations. Il est au cœur même du programme, et son rôle consiste à susciter, à encourager et à maintenir l’impulsion nécessaire à l’initiative mise en place.

Newsletter de l’EEN : Pouvez-vous nous donner plus de précisions sur la valeur ajoutée du programme EPODE ?
Dr. Bapt : L’un des principaux avantages du programme EPODE, c’est sa capacité à aborder le problème de l’obésité infantile dans sa totalité, c’est-à-dire au-delà des clivages sociaux. Les statistiques démontrent que, chez les adultes comme chez les enfants, le milieu social est un facteur déterminant en matière d’obésité. Les initiatives du programme à destination de nos concitoyens peuvent également avoir un effet direct sur les catégories les plus désavantagées. Si le gouvernement ne comprend pas la situation, et ne réalise pas qu’il est essentiel de réagir collectivement au problème de l’obésité, les inégalités sociales et l’obésité perdureront, ou, dans le pire des cas, continueront à augmenter.
L’EPODE a le mérite d’être un programme à la fois local et global. Local, car il offre aux municipalités participantes des « outils » permettant de lutter efficacement contre l’obésité infantile grâce à des actions concrètes, en impliquant l’ensemble de la communauté (médecins, associations sportives, commerces, entreprises, etc.). Global, car il est coordonné à la fois au niveau national et au niveau européen, et prévoit un suivi et une évaluation des résultats, ainsi qu’une certaine homogénéité en termes d’objectifs et de moyens.

Newsletter de l’EEN : Merci beaucoup.

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